Une grève du chant qui ne connaît plus les demi-mesures : dimanche à Jean-Bouin, les Ultras de Strasbourg ont poussé la logique jusqu’au bout et n’ont pas encouragé leurs joueurs pendant toute la rencontre. Ce geste prolonge la fameuse « grève des 15 premières minutes », devenue habitude depuis août 2024, mais cette fois le silence est total. L’annonce est moins un cri qu’un silence décidé : pour le match face à l’OM, vendredi à la Meinau, les quatre groupes visés par les mesures du club — Ultra Boys 90, Kop Ciel & Blanc, la Fédération des supporters du Racing et la Pariser Section — seront muets toute la rencontre. Décision validée en assemblée générale lundi, révélée en conférence de presse jeudi midi par deux présidents. La logique est simple et tranchante, teintée de lassitude.
Un membre des UB a résumé la stratégie avec une pointe d’ironie délibérée : « On va jouer l’apaisement, respecter le dispositif du club, qu’on juge attentatoire à nos libertés, à contrecoeur ». Présence sans banderoles contestataires, donc : ni « BlueCo out », ni la fameuse « Non à la multipropriété » — le groupe invoque le risque de « prises d’identité sauvage ». Les mots choisis ne manquent pas d’à-propos ; ils parlent de « campagne d’intimidation indiscriminée » et qualifient les mesures de « répression aveugle ». Un détail qui n’en est pas un : la banderole « Non à la multipropriété » avait pourtant franchi les contrôles de sécurité dimanche à Paris. Vendredi, lockdown plus strict, seules deux banderoles seront présentées aux services de sécurité, dans ce que les supporters appellent déjà « le comité de censure du Racing » : « Pour un Racing indépendant, populaire et différent » et « La liberté d’expression est un droit, pas un privilège ». Aucune surprise dans les mots, seulement la résolution d’en découdre par le manque de bruit plutôt que par le bruit.
Le résultat probable ? Une Meinau privée de chants et d’ambiance, intentionnellement. Les supporters affirment vouloir « jouer l’apaisement », mais le message envoyé reste aigu : la contestation se mue en retrait collectif, posture aussi visible que silencieuse. La démarche a été démocratiquement entérinée et annoncée publiquement, il ne s’agit donc ni d’un caprice ni d’un coup d’éclat improvisé. Restera à voir si le club, et plus largement les autorités concernées, prendront acte du signal ou répondront en renforçant le dispositif qui irrite tant. En attendant, la tribune se prépare à une performance muette. Si la passion a besoin de décibels pour exister, la Meinau risque de vivre un match où l’on écoutera surtout l’écume des plaintes, sans refrain collectif pour les étouffer.











