Premier fait saillant : c’était la première finale autorisant un tie-break à 12-12 au cinquième set. Le cadre administratif du suspense a donc décidé de s’inviter au destin sportif. Roger Federer a disposé de deux balles de match. Novak Djokovic les a effacées. Le titre qui restera le plus collant n’est pas une image élégante, mais une ligne de règlement devenue héroïne de dernière minute.
La chronique du match tient en quelques éléments que personne n’a intérêt à déformer. Un tie-break historique à 12-12, deux occasions manquées par Federer, et Djokovic qui conclut. L’article original n’enjolive pas : « L’histoire retiendra l’efficacité clinique plus que la beauté du jeu. » Phrase parfaite pour couvrir ce type de soirée où les tableaux de stats prennent le pas sur le romantisme. Federer, artiste reconnu, se heurte à la froideur d’un résultat. Djokovic, adepte de l’efficacité, convertit les moments comptables en trophée. Les commentateurs peuvent polir les échanges, rappeler les trajectoires et la finesse des revers ; le dossier, lui, affichera la même vérité implacable : une norme du règlement, deux points manqués, un vainqueur.
Si l’on cherche l’esthétique pure, elle n’est pas absente, mais elle passe au second plan face à la mécanique du score. Les spectateurs emportent des souvenirs d’effort et de tension. Les archivistes, quant à eux, retiendront la première apparition d’un tie-break si tardif dans une finale de Wimbledon et la façon dont il a décidé de l’issue. Aucun ajout romanesque n’est nécessaire pour comprendre l’ironie : la règle qui devait peut-être calmer les excès physiques s’est substituée au crescendo dramatique attendu. Federer laisse filer deux opportunités qui, sur le papier, suffisent à raconter la défaite ; Djokovic transforme cette sécheresse en victoire milimétrée.
Au final, reste un arrière-goût de mélancolie pour ceux qui espéraient que la beauté du jeu l’emporterait. On se consolera — ou pas — en se rappelant que le tennis moderne sait produire des fins propres, tranchantes et sans fioritures. Le match de 2019 entre Federer et Djokovic laissera donc une mémoire double : la scène spectaculaire des échanges et, surtout, la statistique qui a fait office de metteur en scène. Les poètes du court peuvent continuer d’écrire ; la page officielle, elle, mentionnera d’abord l’efficacité et la règle historique qui a bouclé la soirée.








